« On reçoit beaucoup de haine. Pour rien » : Les pros de la Milk Cup dénoncent le sexisme dans l’esport

Pierre Mercier
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Table des matières
  1. Une année difficile pour l’esport féminin
  2. « On reçoit beaucoup de haine pour rien. »
  3. Une scène conçue pour grandir en confiance
  4. De la Milk Cup à la FNCS : un tremplin vers l’avenir
  5. L’espoir fait vivre 
Milk Cup esport Fortnite
Image credit: GonnaNeedMilk via @X

Née d’un simple rêve, la Milk Cup est devenue en quelques années l’un des plus grands tournois féminins de Fortnite au monde.

Au-delà de la compétition, l’événement est aujourd’hui un espace de liberté et de reconnaissance pour des joueuses longtemps marginalisées dans l’esport.

Lors du TwitchCon San Diego 2025, les fans de Fornite ont pu participer à un panel exclusif réunissant les fondatrices de la Milk Cup et plusieurs compétitrices. Leur message ? Derrière les paillettes et les trophées, les femmes de l’esport continuent de se battre pour leur place et pour être simplement respectées.

Une année difficile pour l’esport féminin

L’année 2025 n’a pas été tendre avec la scène féminine. La fermeture d’ESL Impact par ESL FACEIT Group a créé un véritable séisme dans la communauté Counter-Strike 2, laissant de nombreuses joueuses sans aucune structure compétitive stable et solide financièrement.

Dans le même temps, la scène VALORANT Game Changers de Riot Games a été frappée par un gros patch juste avant son championnat mondial et cela a provoqué la frustration et la colère des participantes.

Alors que beaucoup de circuits féminins perdaient en visibilité, la Milk Cup, elle, a pris la direction opposée : plus de moyens, plus de soutien et une scène plus grande que jamais.

ThePeachCobbler, streameuse Fortnite et cofondatrice du tournoi explique que :

“On arrose constamment la flamme des femmes dans l’esport. Être ici, c’est la rallumer. Voir cette scène, ça m’a donné des frissons. La Milk Cup porte cette flamme et on ne lâche rien.”

Organisée à TwitchCon San Diego, l’édition 2025 de la Milk Cup a séduit tous les fans, réuni avec enthousiasme le public et surtout, permis aux joueuses de remporter plus de 300 000 $ de gains. Un symbole fort dans un contexte où de nombreuses femmes peinent encore à trouver leur place dans la compétition.

« On reçoit beaucoup de haine pour rien. »

La nécessité de tournois féminins reste, selon toutes les intervenantes, une réalité incontournable. Comme le souligne Heather “sapphiRe” Garozzo, ancienne joueuse pro sur Counter-Strike et aujourd’hui CEO de Radiant :

“Dans un monde idéal, tout le monde pourrait jouer ensemble, sans distinction. Mais ce n’est pas encore le cas.”

Malgré le fait que près de 50 % des joueurs occasionnels soient des femmes, elles représentent moins de 5 % de la scène esport compétitive mondiale. Non pas par manque de talent, mais par manque d’opportunités, de visibilité et de sécurité.

Et Jaya ‘Fraanticc’, 18 ans, s’est confiée :

“C’est dur de jouer. On reçoit beaucoup de haine, beaucoup de moqueries. Pour rien. On se fait cibler dans les tournois juste parce qu’on est des filles. La Milk Cup, c’est le seul endroit où on peut jouer librement, apprendre et progresser sans peur.”

De nombreuses jeunes joueuses expliquent qu’elles n’osent plus participer à des tournois mixtes comme la FNCS (Fortnite Champion Series), souvent victimes de harcèlement en vocal, de comportements sexistes ou de coéquipiers qui les sous-estiment.

Cette atmosphère toxique freine non seulement leur progression, mais décourage toute une génération de joueuses talentueuses.

Vader, 18 ans, récente championne précise que :

“La Milk Cup prouve que le niveau est là. Beaucoup pensent que les femmes ne peuvent pas rivaliser. Ce n’est pas vrai. Il suffit de nous laisser jouer.”

Une scène conçue pour grandir en confiance

Ce qui rend la Milk Cup si unique, c’est qu’elle ne se limite pas à une compétition.
C’est aussi un programme d’accompagnement complet, avec la Milk Academy, des sessions de coaching, des ateliers médias et un suivi personnalisé.

ThePeachCobbler explique que :

“Je voulais que chaque joueuse se sente vue, pas juste un pseudo sur un écran. Je suis là pour elles, comme une grande sœur. Si elles ont besoin d’un café, de gants chauffants ou d’aide pour prendre un billet d’avion, on est là. Beaucoup n’ont jamais eu de mentor. Alors on essaie de combler ce vide.”

Une attention sincère, qui se traduit aussi sur la scène : production professionnelle, analystes, présentateurs et contenus dédiés aux femmes. La Milk Cup 2025 a franchi un cap de professionnalisation et offre aux participantes une expérience de haut niveau qui est comparable à celle des tournois mixtes internationaux.

SapphiRe confirme que :

“Cette année, on est clairement sur une production Tier 1. Les talents, la scène, le breading, tout a été revu. Les joueuses se sentent valorisées et ça change tout.”

De la Milk Cup à la FNCS : un tremplin vers l’avenir

Pour beaucoup de participantes, la Milk Cup est plus qu’un tournoi : c’est une rampe de lancement vers les circuits officiels.

C’est le cas de Vader et Nina “ilyynina” Fernandez, le duo vainqueur de l’édition 2025 de la Milk Cup, qui ont remporté 210 000 $. Nina, 20 ans, confie :

“Compétition après compétition, on a gagné en confiance. Avant, je doutais de moi. Maintenant, je sais que j’ai ma place.”

Leur victoire est aussi celle d’une génération entière de jeunes femmes qui n’ont plus peur de rêver grand. Plusieurs joueuses, comme Moxie, 21 ans, affichent désormais clairement leurs ambitions :

“La Milk Cup nous a donné les armes pour être compétitives. On veut jouer en FNCS, contre tout le monde.”

L’espoir fait vivre 

En seulement deux éditions, la Milk Cup a prouvé qu’un environnement sûr et bienveillant pouvait produire des résultats compétitifs impressionnants. Mais au-delà des trophées, c’est la solidarité et la confiance retrouvée qui marquent le plus les joueuses.

Dans un milieu souvent miné par la toxicité, la Milk Cup agit comme une bulle d’air pour les femmes. C’est une preuve  supplémentaire qu’avec du soutien, les femmes peuvent non seulement participer à l’esport, mais aussi le redéfinir.

La Milk Cup ne cherche pas à créer un monde à part, mais à ouvrir la voie vers un futur plus juste, où les jeunes joueuses ne seront plus des anomalies sur scène, mais des concurrentes à part entière.

Et à voir la ferveur du public à San Diego cette année, le message commence enfin à passer.

Pierre Mercier

Ancien joueur sur StarCraft II, j’ai troqué les matchs ladder pour l’analyse à froid du monde gaming et e-sport. Ce qui m’anime ? Les stratégies ultra poussées, les mécaniques bien pensées, et les setups qui brillent autant que les skills. J’écris comme je jouais : avec précision, un peu d’obsession, et toujours cette envie de comprendre ce qui fait gagner.
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